Source: France 3
Notre page 14-18 nous plonge au coeur de « l’armée noire », c’est le surnom donné à l’époque aux troupes coloniales d’Afrique sub-sahariennes, essentiellement sénégalaises. 200.000 soldats quittèrent ainsi leur continent afin de combattre dans les rangs de la puissance coloniale.

A Reims, une statue à l’histoire mouvementée leurs rend hommage. Un monument, réalisé à la gloire de l’armée noire, rend hommage aux 200.000 soldats africains, issus des colonies, mobilisés au cours de la grande guerre. Il est installé au Parc de Champagne à Reims.

A la veille du conflit, les Français, obsédés par leur infériorité démographique, sont persuadés que l’Afrique noire pourra pallier ce déficit. Dans un premier temps, le gouvernement envisage de faire appel aux musulmans algériens mais les colons s’y opposent, craignant que ces soldats ne se retournent ensuite contre eux. L’idée, ne fait également pas l’unanimité auprès des responsables politiques, le socialiste Jean Jaurès considérant même les Africains comme des mercenaires instrumentalisés pour réprimer le prolétariat. Pourtant, en aout 1914, le début de la guerre balaye toutes les réticences et les campagnes de recrutements débutent.

Si certains Africains s’engagent volontairement, portés par l’idéal républicain d’égalité, d’autres sont recrutés par la contrainte. Au final, 200.000 tirailleurs vont être mobilisés dont 134.000 envoyés en Europe, les autres restants en Afrique pour conquérir les territoires allemands. A leur arrivée en France, ces Africains découvrent le froid, les maladies mais s’illustrent notamment dans la Somme et dans la reprise du fort de Douaumont à Verdun. Contrairement aux affirmations de la propagande allemande, ils ne seront jamais sciemment placés en première ligne et connaitront un taux de mortalité de 22 %, équivalent à celui des fantassins métropolitains.

Après-guerre, 20.000 de ces tirailleurs participèrent à l’occupation de la Rhénanie, prévue par le Traité de Versailles. Leur présence donna lieu en Allemagne à une intense campagne de propagande, « la honte noire », caractérisée par la violence de sa haine raciale. Ce monument, lui, fut volé et probablement fondu par les nazis en 1940 lors de leur arrivée dans la ville, avant d’être reconstruit et réinstallé à son emplacement d’origine en 2013.

Video:

Histoires 14-18 : L’armée noire

Source archives : – Pathé Gaumont – Musée historique du Fort de la Pompelle – BDIC Fonds Valois – Gallica BNF  –  France 3  –  M. Guillerot

 

Source: sputniknews

D’ici la fin de l’année, la Direction générale des armées (DGA) du ministère français de la Défense annoncera officiellement quelle arme remplacera le célèbre fusil d’assaut Famas en service depuis 1977.

L’arrêt de la production nationale de ce fusil à la fin du XXe siècle a renforcé la concurrence entre les Allemands et les Belges pour armer les forces françaises.

Le Famas (Fusil Automatique d’Assaut de la Manufacture d’Armes de Saint-Étienne) a été développé au début des années 1970. Il se distinguait par son design original et sa construction inhabituelle. Son architecture reprend le système bullpup — le chargeur, la culasse et le boîtier mécanique se situent derrière la poignée de tir. Le boîtier mécanique dispose d’un sélecteur de tir pour passer du régime de tir en rafale au coup par coup ou en rafale de trois coups. La cadence de tir technique du fusil est de 1 100 coups/min, il est alimenté par des chargeurs de 25 ou de 30 cartouches. Surnommé « le clairon » pour son aspect inédit, près de 400 000 unités de différentes versions sont en service, qui seront progressivement remplacées par de nouvelles armes d’infanterie.

Le FAMAS
© Wikipedia/
Le FAMAS

D’après le cahier des charges du commandement français, les nouveaux fusils devront tirer des cartouches de calibre 5,56×45 Otan, être dotés de lance-grenades de 40 mm monté sur le canon ou avoir la possibilité de tirer des grenades à fusil. De plus, la nouvelle arme devra facilement s’intégrer dans l’équipement du « soldat du futur » FELIN (Fantassin à Équipements et Liaisons Intégrés).

FELIN
© Wikipedia/
FELIN

Cinq compagnies ont répondu à l’appel d’offres pour l’achat de 100 000 premiers fusils: Heckler & Koch (Allemagne), FN Herstal (Belgique), Beretta (Italie), Swiss Arms (Suisse) et HS Produkt (Croatie). Les finalistes ont été annoncés la semaine dernière: il s’agira du fusil automatique allemand Heckler & Koch HK416 ou du belge FN SCAR. Les autorités françaises pourraient prendre leur décision d’ici un mois.

Question de rentabilité

La décision des Français de remplacer le Famas par un fusil étranger pourrait sembler étrange, étant donné qu’en principe le pays aborde avec prudence ses projets de défense conjoints. Depuis la fin du XIXe siècle en effet, l’armée française était littéralement obsédée par son indépendance envers les structures commerciales et par la préservation de ses secrets militaires: elle ne mettait en service que des armements développés par ses propres compagnies d’État du secteur de la défense — les arsenaux gouvernementaux (sauf à de très rares exceptions). En outre, pendant la première moitié du XXe siècle, le pays disposait déjà de sa propre école de tir de bon niveau qui proposait des projets et des concepts intéressants.

Cependant, la Ve république a changé d’attitude envers les armes à feu à l’aube du XXIe siècle. La production du Famas a été suspendue dans les années 1990 car les besoins de l’armée étaient satisfaits et dans le cadre de la réforme du consortium de défense GIAT, la production de cette arme d’infanterie a été stoppée. Désormais, il n’est plus possible physiquement de remplacer les fusils obsolètes. »Cela coûtait très cher d’entretenir une grande production complexe qui n’était pas soutenue par une émission régulière de fabrication en série », explique Maxim Popenker, historien des armes d’infanterie et représentant du consortium Kalachnikov, au sujet de la décision des autorités françaises. Le problème de la rentabilité de la production des armes à feu dans les entreprises militaires n’est pas d’actualité que pour la France. D’après le directeur général adjoint pour la sécurité économique de la compagnie Complexes de haute précision Alexandre Chouliakov, la fabrication de fusils dans les grandes usines russes (Kalachnikov, Molot et l’usine d’armement de Toula) est financée grâce à l’émission de produits militaires plus chers et plus marginaux, et de missiles antichars — exception faite de la production des armes à feu militaires et civiles destinées aux exportations.

Un fusil étrange

De plus, le potentiel d’exportation du Famas était faible car le concept du fusil était très contestable: les experts disent souvent de lui qu’il était « plus original que réussi ». A commencer par le fait qu’il s’agit de l’un des rares fusils d’assaut automatiques avec une culasse mécanique non calée à un levier amplificateur d’inertie. Ce système est considéré comme plus sensible à l’encrassement et à la qualité des cartouches par rapport au rechargement par emprunt de gaz. A l’exception du Famas, le seul fusil largement répandu avec une telle culasse était le JK G3 allemand, retiré du service de l’armée allemande en 1997. En choisissant son remplaçant, le commandement allemand avait opté pour un modèle avec un rechargement par emprunt de gaz — le HK G36.

Le HK G36
© Wikipedia/
Le HK G36

Autre particularité du Famas: sa sensibilité aux munitions. Le fusil français fonctionne correctement avec des cartouches à douille en acier et n’apprécie pas les douilles en laiton, qui sont les munitions de base de l’Otan. C’est pourquoi, même si officiellement l’armée française utilise des cartouches 5,56×51 Otan, elle achète quand même pour ses fusils des cartouches spéciales avec des douilles en acier. Enfin, il faut également souligner la cadence de tir excessive du Famas et son architecture bullpup qui suscite des débats depuis son apparition: d’un côté, elle permet d’avoir une arme compacte aux gabarits d’un pistolet mitrailleur avec un canon de fusil automatique; de l’autre, l’ergonomie des bullpups avec leur crosse longue et non réglable, le déséquilibre vers l’arrière et l’éjection des douilles au niveau du visage du tireur est loin d’être appréciée de tous.

« Les Français ont utilisé ces fusils dans différentes conditions au sein de leurs corps d’expédition. Il ne fait pas de miracles. Lors d’essais indépendants, y compris en URSS, ce modèle n’a rien montré d’extraordinaire », résume Mikhaïl Degtiarev, rédacteur en chef du magazine Kalachnikov. L’utilisation du fusil automatique allemand HK416 par les forces spéciales et le GIGN français depuis plusieurs années rejoint ce constat.

Le HK416
© Wikipedia/
Le HK416

Certes, l’histoire a aussi vu des systèmes peu performants s’écouler facilement sur le marché international: « Les Américains ont bien réussi à répandre leur M-16, qui est loin d’être une réussite, parfois en l’offrant, parfois en le vendant », note Maxim Popenker. Et d’ajouter: « Les Français ne cherchaient visiblement pas à entrer en compétition sur le marché international ».

Qui va armer les Français?

Comme en Russie, ce sont les grandes entreprises publiques conçues chargée de la production en série qui s’occupent de la fabrication d’armes en France. De plus, il n’est possible d’investir une grande somme d’argent dans la conception et la sortie d’un nouveau fusil d’assaut que si les perspectives d’en vendre de grandes quantités sont garanties. Ce ne sera certainement pas le cas: une nouvelle production moderne satisferait les besoins de l’armée nationale en un an ou deux, alors que le marché mondial est déjà saturé et compte suffisamment de nouveautés. Plutôt que de produire leur propre fusil, les Français devront donc choisir entre les Allemands et les Belges.

Les deux fusils concurrents, le HK416 et le FN SCAR, sont conçus selon un agencement traditionnel et une construction modulaire, sont dotés de crosses télescopiques et de nombreux rails pour installer des viseurs optiques et collimatés, des lampes-torches, des pointeurs et d’autres accessoires. Les deux prétendants fonctionnent par emprunt de gaz avec un piston à gaz à court recul situé au-dessus du canon. Le système de verrouillage des deux armes est semblable également. Les deux affichent un bon groupe de tir, une haute précision, un faible recul… et sont assez coûteux, c’est pourquoi ils sont essentiellement achetés pour les forces spéciales.

Le fusil allemand pourrait être considéré comme une évolution du concept américain AR-15/M-16. Apparu en 2005 comme une tentative de Heckler & Koch de toucher le marché d’armes militaires et policières aux USA, le HK416 emprunte son design et de nombreuses pièces au M-16. La principale différence a été le remplacement du système américain d’évacuation directe du gaz (les gaz sont dirigés directement dans la boîte de culasse) par le système à emprunt de gaz du G36. De plus, la boîte de culasse a été améliorée avec l’installation d’un fût plus résistant. Le HK416 est en service dans les unités spéciales de plus de 20 pays.

Quant à lui, le FN SCAR belge est une conception originale datant du début des années 2000 commandée par le Commandement des opérations spéciales américaines SOCOM. Ce fusil se distingue par un design futuriste original et une large utilisation du plastique: la partie inférieure de la boîte de culasse est en plastique et la partie supérieure est en aluminium. Des canons interchangeables se fixent à la partie supérieure de la boîte de culasse et peuvent être remplacés en quelques minutes. Le FN SCAR est utilisé par les forces armées de près de 30 pays.

Source: atelier.net

Camions semi-autonomes en convoi, poids-lourds transformables pour laisser le conducteur se reposer… Les technologies se multiplient et tendent vers un véhicule sans chauffeur. Pour quels risques et conséquences ? Enquête.

Les camions transportent près de 67% de l’ensemble des marchandises circulant aux États-Unis en terme de poids, d’après l’American Trucking Association. En France aussi, le transport de marchandises est essentiellement réalisé par la route. Et si la circulation de ces biens était menée par des camions (semi-)autonomes ? Rationnellement cela fait sens, mais pose de nombreuses questions. Quel rôle auront alors les chauffeurs routiers ? La population est-elle prête à accepter ces nouveaux véhicules ? Éléments de réponses et tour d’horizon de ce qui existe déjà.

“Automation cooperative system” et “platooning” : deux types de convois semi-autonomes

Selon Steven E. Shladover, les camions sans conducteurs ne seront pas sur les routes avant plusieurs décennies. À Berkeley, il dirige le programme de recherche et de développement PATH (California Partners for Advanced Transportation Technology), leader de la recherche en systèmes intelligents de transports depuis sa création il y a trente ans.

Les prémices du véhicule autonome sont apparus il y a quelques années déjà. Au début des années 2000, PATH a par exemple expérimenté les pelotons routiers, “platooning” en anglais : plusieurs véhicules connectés en convoi suivent de manière automatisée le premier, seul à conduire de manière indépendante. Les Pays-Bas ont récemment organisé un concours, le « European Truck Platooning Challenge » pour promouvoir la méthode. Six constructeurs européens y ont participé pour tester leurs camions automatisés sur les routes européennes en direction de Rotterdam. Tous sont arrivés à bon port mais il reste du chemin à parcourir pour une généralisation du procédé : les camions de marques différentes ne peuvent toujours pas se connecter entre eux et les réglementations ne sont pas unifiées sur le plan européen. Par exemple, les distances de sécurité à respecter ne sont pas les mêmes. Aux États-Unis, la start-up Peloton teste également la technologie au Texas et en Utah. En plus de permettre de faire des économies, ces camions semi-autonomes sont dits plus sûrs quand 90% des accidents de la route seraient liés à une erreur humaine.

Les équipes de PATH travaillent sur un procédé semblable : l’“automation cooperative system”. Leur camion n’est pas encore autonome mais en bonne voie pour le devenir. Comme pour un peloton routier, leurs véhicules se suivent et communiquent entre eux. “Chaque camion envoie des messages pour décrire son comportement, les autres reçoivent l’information et ajustent leur vitesse en fonction. C’est une amélioration du régulateur de vitesse adaptatif. Le radar mesure la distance entre les véhicules de la même manière sauf que c’est collaboratif et que cela permet de savoir ce que font les autres.” “La différence c’est que le poid-lourd choisi d’approuver ou non d’autres véhicules dans le peloton alors qu’avec l’automation cooperative system, chaque conducteur peut choisir de rejoindre ou de quitter le convoi”, explique Steven Shladover. Avec sa technique, le contrôle du système de freinage peut être délégué à la machine qui régule la vitesse pour garder la bonne distance de sécurité avec le véhicule qui le précède. L’avantage ? “Une expérience précédente a démontré que cela permettrait d’économiser 10 à 15% de coûts d’énergie”. Un constat qui pourrait plaire aux entreprises de transport routier.

Mais qu’en est-il du camion unique ? Alors que le camion semi-autonome Daimler est testé dans le Nevada et que la technologie développée par PATH pourrait être commercialisée dans les deux ans à venir, le poid-lourd sans conducteur sur les routes se fait attendre. Pour Steven Shladover, “pour se passer de chauffeur en conditions de circulation normales il faut concevoir un système avec un niveau de sécurité incroyable que personne ne maîtrise encore”. Selon le chercheur, un tel véhicule pourrait exister sur une voie séparée dans une à deux décennies et sur une autoroute au milieu d’autres véhicules d’ici 30 à 40 ans. “Au coeur de la circulation en ville, parmi des piétons et des cyclistes, il ne faut pas espérer le voir avant au moins six décennies”, précise-t-il.

Les camions sans conducteurs, un projet futuriste aux multiples conséquences

Pour lui, pas question de se priver d’humain derrière le volant. “Dans nos camions, le chauffeur garde le contrôle et active ou désactive le système de pilotage automatique pour réguler l’espacement entre véhicules en fonction des conditions météo et de la circulation.” Ce n’est pas non plus fait pour que le chauffeur se repose ou fasse autre chose. “C’est comme cela que le conducteur de la Tesla a été tué il y a quelques mois, c’est parce qu’il essayait de faire autre chose alors que le système n’a pas été conçu pour et requérait toute son attention”. Même si dans cet exemple il a finalement été prouvé que le pilotage automatique était désactivé. Il reste que pour l’instant, l’objectif premier des entreprises de camions autonomes ou semi-autonomes n’est pas de supprimer les emplois des chauffeurs routiers mais bien de réduire le stress qui pèsent sur leurs épaules. C’est ce que propose aussi la jeune pousse Otto, fondée par 15 anciens de Google, avec son kit pour rendre les poids-lourds autonomes grâce à des capteurs et logiciels. À un autre micro, le cofondateur affirme vouloir que sa “technologie permette au conducteur de dormir dans sa cabine pendant que le camion roule en toute sécurité”, cela permettrait de passer outre la législation qui interdit aux routiers de conduire plus de 11 heures par jour.

Malgré ce que disent les entrepreneurs, la question se pose de savoir si la présence de conducteurs dans des camions autonomes n’est pas juste une étape intermédiaire avant de pouvoir faire sans. En effet, les véhicules autonomes pourraient être la technologie qui automatise et donc détruit le plus d’emplois, si l’on en croit Ryan Petersen, CEO de Flexport. 1% de la main-d’oeuvre américaine, autrement dit des millions de jobs seraient concernés. C’est pourtant un travail plus dangereux qu’il n’y paraît puisque plus de routiers ont été tués exerçant leur métier (835 personnes) que n’importe quel autre travailleur dans son activité professionnel aux États-Unis. Pour les entreprises de transport routier, envisager d’utiliser des poids lourds autonomes ferait donc sens pour des raisons économiques.

C’est ce qui explique aussi que les camions autonomes sont attendus sur les routes avant les autres véhicules. C’est en tout cas l’opinion de Steven Shladover. “Cela prendra probablement plus de temps pour les voitures d’être complètement autonomes parce que cela est moins rentable, c’est plus une question de confort. Alors que pour le camion il y a une entreprise qui le possède et prend une décision financière qui lui permet de réduire ses coûts.

Des réticences persistent

Les entreprises sont peut-être prêtes à embrasser cette nouvelle technologie, mais rien ne garantit que la population suive. Les réticences que peuvent avoir les Français comme les Américains concernant la voiture autonome peuvent être d’autant plus fortes en ce qui concerne un poids lourd sans conducteur puisqu’en cas d’accident, les conséquences seront plus graves. Or selon une étude du Boston Consulting Group (BCG), 60% des Français sont favorables à la voiture autonome contre 50% des Américains et 36% des Japonais. La technologie séduit donc davantage dans l’Hexagone et ne convainc pas vraiment d’autres nations développées. 51% de ceux qui ne sont pas conquis par cette technologie ont déclaré ressentir un sentiment d’insécurité quand 45% considèrent l’absence de contrôle comme un obstacle majeur. La possibilité de voir son véhicule piraté comme c’est déjà arrivé en 2015 n’est pas des plus rassurantes.

Paradoxalement, la première raison d’acheter une voiture complètement autonome est… une “sécurité renforcée”, selon un autre rapport du cabinet de conseil en stratégie. Preuve s’il en faut de la complexité de l’adoption d’une telle technologie.

 

Les Suédois s’empâtent, et cela se ressent chez les nouvelles recrues de l’armée. Pour y remédier : une appli de fitness signée DDB.

 Digitalisation oblige, les jeunes préfèrent le sport en réalité virtuelle qu’en plein air. Et cela ne laisse rien augurer de bon pour l’armée, dont les nouvelles recrues ne sont plus en aussi bonne condition physique qu’autrefois.

Plutôt que de s’offusquer de ce coup du sort difficile à contrer, les forces armées suédoises ont mis au point avec leur agence DDB Stockholm une application baptisée FMTK (ce qui peut se traduire par « le club de sport des forces armées suédoises »). Elle propose aux utilisateurs un entraînement de 450 exercices, qui ne nécessitent aucun équipement, 10 défis, 4 programmes pour progresser ainsi qu’une routine quotidienne.

L’objectif n’est pas seulement de proposer un outil pour s’entraîner aux Suédois, mais aussi d’identifier les meilleurs candidats pour rejoindre les rangs de l’armée.

FMTK : l’appli qui permet à l’armée suédoise de recruter des gens en bonne santé

Source: https://informations.handicap.fr/art-medecin-guerre-urgentiste-1001-8922.php

Résumé : Dans un livre palpitant, Elie-Paul Cohen livre ses souvenirs de médecin de guerre en Afghanistan. Polytraumatisés, amputés, militaires et civils, ils sont le visage d’un conflit sans front. Immersion au coeur de l’urgence !

Par Elie Paul Cohen, médecin urgentiste, le 29-06-2016

Lire les réactions et réagissez !

Handicap.fr : A 20 ans, exempté de service militaire et, à 56 ans, médecin urgentiste en Afghanistan, c’est ce parcours atypique que vous racontez dans « Médecin de guerre, de l’Afghanistan à Paris. La guerre sans front », paru en mai 2016 (fiche librairie en lien ci-dessous).
Elie-Paul Cohen : À vingt ans, j’étais en effet un idéaliste, antimilitariste, et je ne vivais que pour la musique qui a été mon premier métier. Je me suis alors arrangé pour me faire exempter de service militaire. Trente ans plus tard, médecin urgentiste, je suis recruté par un drôle de hasard par l’armée française et envoyé à Camp Bastion, la base militaire américano-britannique, dans la zone la plus meurtrière de l’Afghanistan. Nous sommes en 2011. Ma mission est d’importer dans l’armée française le Damage Control Resuscitation, des protocoles de pointe développés par nos collègues Britanniques dans le pays, permettant de sauver les polytraumatisés de guerre.

H.fr : A quoi ressemblait votre quotidien en tant que médecin urgentiste ?
EPC : Le fléau, c’étaient les mines. Nous étions dans une zone de combat intense avec un flux continu de gros blessés, beaucoup de polytraumatisés, des membres déchiquetés des simples, des doubles, des triples amputations. En moyenne, quatre par jour. Il m’est impossible d’effacer de ma mémoire les images de ces corps inanimés, couverts de sang et déformés par les explosions. Véritables morceaux de viande malodorants, pourris de brûlures, la chaleur du climat n’arrangeant rien. En médecine de guerre, il faut intervenir très vite, tout se joue dans les 10 premières minutes ; on appelle cela les Golden hours.

H.fr : Cette base militaire disposait des équipements nécessaires ?
EPC : Oui, en effet. Sur les zones de combats aussi intenses, ce ne sont pas des hôpitaux de brousse. Nous bénéficions du matériel de pointe et des équipes les plus aguerries. Pour vous donner un ordre d’idée, la base de Camp Bastion était aussi vaste que la ville de Bordeaux et, chaque jour, 650 avions décollaient de son aéroport, aussi actif que celui de Gatwick, à Londres. Deux cent cinquante personnes travaillaient dans son hôpital, jour et nuit avec, à leur disposition, la modernité et la technicité d’un hôpital parisien ou londonien. Quelque part dans le désert d’Helmand…

H.fr : Vous vous demandez à un moment : pourquoi l’armée prend-elle le parti de sauver à tout prix, vue la vie promise à certains de ces jeunes soldats…
EPC : Oui, je me suis posé cette question. C’est une question d’éthique. Nous sommes avant tout médecins. D’un autre côté, l’opinion publique et les médias européens étant globalement contre la guerre, il vaut mieux éviter les morts. Les blessés, on en reparlera plus tard…

H.fr : Vous prétendez d’ailleurs que le but des insurgés n’était pas forcément de tuer…
EPC : Leur objectif était aussi de marquer l’esprit des troupes, de leurs familles et de l’opinion publique européenne et américaine. Le handicap visible fait en quelque sorte office de propagande. C’était aussi une guerre des nerfs…

H.fr : Dans ce contexte, le personnel médical n’est pas à l’abri…
EPC : Non, bien au contraire, car porter atteinte à ceux qui sont censés être là pour les sauver impacte durablement le moral des troupes. Nous sommes donc des cibles privilégiées pour l’ennemi et, à ce titre, entraînés au métier des armes.

H.fr : Vous étiez sur place pour soigner les soldats mais quel était le sort réservé aux civils ?
EPC : Les centaines de milliers de victimes pendant la seconde guerre d’Irak montrent que le rapport entre les pertes militaires et civiles s’est inversé, au détriment de ces dernières. Egalement à cause d’une nouvelle manière de combattre. Les guerres d’aujourd’hui sont asymétriques et « sans front », d’où le sous-titre de mon livre.  Par certains côtés, elles ressemblent presque à un jeu vidéo, où des militaires informaticiens, pilotes d’avions par écran d’ordinateur interposé, enfermés dans un bunker du Nevada, vont bombarder des cibles à plusieurs milliers de kilomètres. Malheureusement, les populations locales massivement touchées sont souvent les otages de ces conflits.

H.fr : Vous dites avoir vu des enfants afghans amputés par des mines…
EPC : Oui, elles explosaient dans leurs mains alors qu’ils jouaient avec. Leur destin est plus cruel encore car, pour peu qu’ils survivent, l’avenir de ces êtres mutilés à vie est dramatique. Dans ces cultures tribales, le handicap est rejeté. Ils finiront mendiants.

H.fr : Il y a les blessures physiques mais les séquelles psychiques ne sont-elles pas plus douloureuses encore ?
EPC : Oui en effet, et les armées sont aujourd’hui très sensibles aux traumatismes post-opérationnels. Les Poilus de la grande guerre n’ont, eux, pas eu cette « chance ». Beaucoup ont atterri dans les asiles une fois les hostilités terminées. Désormais, dans ce contexte hostile, il faut veiller à l’équilibre mental des soldats en essayant de repérer les dysfonctions psychiques dès leur apparition car plus tôt se fera la prise en charge meilleurs seront les résultats. La psychiatrie militaire française, qui n’a reconnu ces traumatismes psychiques qu’en 1992, les appelle les « blessures invisibles. »

H.fr : On prétend que les guerres permettent de grandes avancées en matière de prise en charge du handicap. Faut-il vraiment en passer par-là ?
EPC : Disons que, dans leur malheur, elles ont toujours fait progresser la médecine et la chirurgie. Il faut se souvenir que c’est Larrey, le chirurgien de Napoléon, qui a inventé l’ancêtre du Samu. C’est ensuite durant la première guerre mondiale que l’on a expérimenté la chirurgie réparatrice sur les Gueules cassées et la neurochirurgie. Ensuite, la réanimation et les antibiotiques furent mises en place durant le 2e conflit mondial. A Camp Bastion, j’étais immergé dans un véritable laboratoire de médecine de guerre.

H.fr : Ce qui signifie que tout ce que vous avez expérimenté sera un jour réinvesti dans des hôpitaux civils, notamment pour prendre en charge les  victimes d’attentats ?
EPC : Oui, certainement, dans les années à venir. Camp Bastion a été un lieu d’expérimentation pour le futur. A la suite de mon rapport, le Damage Control Resuscitation est à présent enseigné en France dans les cursus universitaires de médecine d’urgence et ses principes sont en effet utilisés pour traiter les victimes des attentats, preuve que cette « guerre sans front » nous a rejoints. Celle d’Afghanistan devait pourtant tuer le terrorisme dans l’œuf ; il s’est au contraire répandu au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe. Ironiquement, de mon côté, j’aurai peut-être été projeté dans cet enfer pour la bonne cause… Vue sous cet angle, ma mission a pris une autre signification et aura été utile en apportant une pierre à l’édifice médical. Les soignants sont là pour minimiser les effets collatéraux des guerres et de leur violence légalisée.

H.fr : Avez-vous des exemples d’innovations qui pourraient profiter au monde civil ?
EPC : Les Américains ont, par exemple, investi des millions de dollars dans les neurosciences, les nanotechnologies et la mécatronique. Des membres artificiels reliés au cerveau par des systèmes informatiques sophistiqués et miniaturisés, véritables prothèses intelligentes, pourront aider des para et tétraplégiques à remarcher. Et, dans un avenir plus lointain, avec des cellules souches, on peut imaginer cultiver les tissus pour reconstituer des muscles, des os, voire des organes en pratiquant des autogreffes. Pour autant, l’être humain réparé ou amélioré par les biotechnologies et l’intelligence artificielle se comportera-t-il différemment ? Rien n’est moins sûr…

 

Sur Handicap.fr

Cet article met en exergue un mal trop souvent maintenu sous silence malgré les écrits que vous lirez ci dessous.

Il est de notre devoir d’accompagner et d’aider nos camarades dans cette situation.

Bon courage à celle et ceux qui débutent ou continuent leurs chemins….

Blessés psychiques de guerre, des militaires du 31e régiment du génie osent témoigner pour la première fois. Mieux pris en charge, le nombre de soldats ayant un syndrome de stress post-traumatique aurait atteint un pic six mois après l’opération Serval, au Mali.

Revenus d’Afghanistan, d’ex-Yougoslavie et plus récemment du Mali, le nombre de militaires blessés psychiques revenant du feu n’a pas cessé de croître. «Six mois après l’opération Serval, les cas de SPT ont fortement progressé», confirme le lieutenant-colonel Ludovic Samanos, de la cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (CABAT). Difficile, néanmoins, de savoir combien ils sont au sein du régiment castelsarrasinois. «Je n’ai pas le droit de vous dire leur nombre, mais ce que je peux vous confirmer, c’est que pas un régiment n’est épargné», certifie le chef de corps du 31e RG, le colonel Guillaume Venard, qui a accepté, avec l’accord de sa hiérarchie, de nous laisser échanger avec des blessés de guerre psychiques de son régiment et les principaux professionnels qui les accompagnent : les psychiatres militaires de l’hôpital d’instruction des armées Robert-Picqué, à Bordeaux, et l’adjoint du chef de la CABAT, à Paris. Une première pour le régiment et un sujet d’autant plus sensible, pour ne pas dire tabou, que le témoignage livré à un grand quotidien du soir, en 2010, d’un sergent revenu d’Afghanistan n’a pas laissé que de bons souvenirs. «Il disait que le 31e l’avait laissé tomber alors qu’il s’était de lui-même coupé du régiment. Ce qu’il nous a toutefois appris, c’est qu’un personnel non combattant pouvait être atteint d’un SPT», assure le colonel Venard. Une situation qui oblige le chef de corps à faire face à une double problématique : maintenir la cohésion collective et assouplir le règlement militaire au profit des blessés psychiques de sa garnison. Que faire, en effet, lorsqu’un militaire refuse de se lever un matin, devient asocial, agressif, voire addict à l’alcool? «Le plus difficile avec un SPT, c’est cette difficulté à avoir des relations non conflictuelles. Ce qui est déstabilisant pour tout le régiment», confirme le colonel, qui sait que chaque blessé est un cas particulier. Et les statistiques sont implacables : 75% des militaires français atteints d’un SPT quittent l’armée. Un chiffre qui prend d’autant plus de relief que les deux tiers des blessés physiques reprennent, après leur guérison, leur vie régimentaire. Un vrai casse-tête pour l’armée qui, depuis 2009, a pris à bras-le-corps cette problématique. Une expérience pionnière dans le suivi médical et social qui profite aujourd’hui au soutien des nombreux civils blessés psychologiques des attentats.


Le chiffre : 1 4 00

cas répertoriés>De syndrome de stress post-traumatiques (SPT). Depuis 2010, c’est le chiffre total des militaires blessés psychiques enregistré par l’armée française. Un nombre qui n’a cessé de progresser à mesure que l’armée française est engagée sur de multiples théâtres de guerre. Au moins 12% des soldats en OPEX depuis décembre 2013, en RCA, seraient atteints de SPT.

«75% des militaires français atteints d’un SPT quittent l’armée»


Avis d’experts Gilles Tourinel et Éric Mèle, Médecins chefs, psychiatres, à l’hôpital d’instruction des armées Robert-Picqué, à Bordeaux.

«On peut en guérir mais on est transformé à vie»

À la tête de ce service de psychiatrie militaire spécialisé dans le suivi des soldats souffrant d’un syndrome post-traumatique, les docteurs Tourinel et Mèle sont des pionniers dans le traitement de cette pathologie.

Que représentent les SPT dans votre service?

70% de nos patients hospitalisés. C’est la spécificité de notre hôpital, notamment en raison de la forte présence régionale des forces spéciales (basées à Pau et essaimées à Bayonne et en Gironde).

Votre service traite-t-il exclusivement des militaires?

Pas du tout. Nous suivons aussi des civils. Récemment, une victime de l’attentat du Bataclan ou une hôtesse de l’air otage à l’hôtel Radison, au Mali, sont suivies par notre service.

Cliniquement, comment définissez-vous ce syndrome?

C’est un état organisé, durable, de troubles anxieux, où le sujet a senti sa vie menacée de façon directe ou a été un témoin confronté à la mort. Le SPT est reconnu comme une blessure psychique, et depuis 2013, un n° vert Écoute Défense (08 08 80 03 21) a été mis en place 24 h sur 24 pour les militaires, leur famille et les retraités.

Depuis quand est-ce une maladie reconnue par l’armée?

Depuis 1992, et en 2011, à la demande du commandement, un plan d’action de prévention et de prise en charge a été mis en place. Les médecins psychiatres militaires sont, depuis longtemps, à l’initiative des premiers suivis de SPT. Historiquement, l’augmentation des interventions militaires au Rwanda, au Kosvo, en Afghanistan et, plus récemment, au Mali a fait croître le nombre de cas.

Pourquoi est-ce si difficile pour ces blessés de parler?

Ils ont un sentiment de honte, de culpabilité, accentué par le fait que leur blessure est invisible. C’est la raison pour laquelle beaucoup de militaires déclenchent un SPT au moment de leur retraite.

Cela veut-il dire que l’on n’en guérit pas?

Lorsque l’on est confronté de cette façon à la mort, on est changé à vie. On peut en guérir mais on est transformé à vie. Chaque cas est unique, certains patients ont besoin de plusieurs années de prise en charge avec absorption d’antidépresseurs. Le but, c’est qu’ils arrivent à intégrer le SPT comme un souvenir, qu’il retrouve leur liberté de pensée.


Marc, militaire du 31e régiment du génie, souffrant d’un SPT

Face à une douleur invisible qui altère leur santé mentale, rares sont les militaires atteints d’un syndrome de stress post-traumatique (SPT) qui sont en mesure de témoigner. L’un deux, Marc, un expérimenté sapeur de combat du 31e RG, a décidé de briser la loi du silence en nous livrant son parcours traumatique et son quotidien de blessé psychique. Touché par un tir de lance-grenades dans le dos, en Afghanistan, et meurtri par le décès de l’un de ses frères d’armes quelques semaines plus tard, Marc a rapidement perdu pied. Emmuré dans son silence, ruminant, ce colosse aux pieds d’argile n’a jamais vraiment quitté la base de Tora. À force de ténacité et grâce au soutien permanent de l’équipe de psychiatres de l’hôpital des armées Robert-Picqué, de son chef de corps et, plus récemment, à la naissance de son fils, Marc résiste, la rechute n’est jamais loin. Témoignage.

Lorsque vous avez été déployé en Afghanistan, ce n’était pas votre première Opex?

Depuis mon engagement en 2003, c’était ma cinquième opération extérieure, avec notamment deux déploiements en Côte-d’Ivoire et au Kosovo… Tout allait bien jusqu’à l’Afghanistan, en 2010.

Vous avez été blessé lors d’un accrochage?

Nous étions, avec un camarade du 3e BSMAT, en train de réaliser un chantier sur un poste avancé et à découvert lorsqu’un tir de RGP-7 nous a touchés dans le dos. Lui par des cailloux projetés vers nous, et moi par des morceaux métalliques provenant du lance-grenades. Nous avons immédiatement été évacués à l’hôpital militaire de Kaboul.

Vous avez été rapatrié en métropole peu après…

J’ai tout fait pour ne pas l’être. J’ai réussi à convaincre par A + B le psy qui m’a vu de me laisser regagner la base après trois semaines d’hospitalisation.

Pourquoi ne pas rentrer en métropole?

Je voulais terminer ma mission, je vivais cette affaire comme un terrible échec personnel.

Le jour où vous vous apprêtez à regagner votre base, un autre événement vous affecte profondément…

Le décès d’un infirmier de notre unité, Thibault Miloche (1), qui était l’un de mes meilleurs amis. Il m’avait accueilli lorsque j’avais débarqué seul à Castelsarrasin, à plus de 15 000 kilomètres de chez moi. J’étais effondré, mais je ne voulais pas regagner ainsi la France. Il me restait un mois et demi pour terminer ma mission, j’ai regagné Tora.

Est-ce au camp que vous avez ressenti les premiers effets de votre état de stress post-traumatique?

Comme ma cicatrisation n’était pas encore complète, j’ai été cantonné au camp où tout le monde était en état de choc après la mort de Thibault. Je tournais en rond dans ma chambre. La nuit, j’ai commencé à faire des cauchemars, je revivais l’attaque, et j’avais des insomnies. J’étais toujours en train de ruminer ce qui s’était passé, me demandant pourquoi je m’en étais sorti et pas Thibault. Je voulais être à sa place, d’autant qu’il avait deux enfants. Un jour, j’ai perdu le contrôle…

Que s’est-il passé?

Le capitaine m’avait confié la mission de préparer un barbecue pour l’anniversaire de camarades, et à la fin de la soirée, j’avais le sentiment que l’on ne m’écoutait pas. J’étais irrité, à fleur de peau. J’ai alors donné quelques gifles. Tout était fini. Je savais que j’allais rentrer. Je n’étais plus moi-même. Deux jours plus tard, j’ai quitté Tora, via Kaboul, pour une hospitalisation d’office durant huit mois au Val-de-Grâce.

Huit mois d’hospitalisation, c’est long.

Surtout lorsque l’on ne sait pas combien de temps cela va durer… Les documents administratifs à remplir se multipliaient et j’ai vite été dépassé par la situation. Cette maladie a multiplié par dix ma phobie administrative.

Après huit mois d’hospitalisation, trois mois de repos dans votre famille. Vous faites donc partie des rares blessés d’un SPT à avoir repris la vie militaire.

Je me sentais beaucoup mieux. J’ai repris mon travail dans ma compagnie de combat avec les mêmes qu’en Afghanistan. À la demande du chef BOI de l’époque (Guillaume Venard), j’ai même fait une conférence pour expliquer à mes collègues ce dont je souffrais. Cela m’a permis d’évacuer et surtout d’aider ceux qui avaient du mal à en parler.

Pourquoi refuser de parler?

Principalement en raison des jugements, du regard des autres. C’est un sujet délicat. Dans ma famille, être hospitalisé et suivi en psychiatrie, cela reste mal compris. Consulter un psy, c’est être fou.

Après cela, avez-vous fait une rechute?

Le fait d’avoir remis l’uniforme n’a pas arrangé mon état. J’ai fait une énorme rechute qui a duré, cette fois, un an et demi.

Comment se manifestent vos symptômes?

De l’eczéma nerveux, c’est mon premier signal, jusqu’à parfois une pelade sur le crâne. Mes maux sont ensuite psychologiques : je me mets la pression au travail, je deviens irascible, j’ai les nerfs à fleur de peau… Je n’arrive plus à me canaliser. La nuit, les cauchemars reprennent, je revois toute la mission en Afghanistan et Thibault. Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à lui.

Pourquoi témoignez-vous aujourd’hui?

Pour aider mes collègues blessés et leur montrer que l’on peut progresser, même si j’ai fait une rechute cet automne et que je viens à peine de reprendre mon travail. Il y a trois ans, j’aurais été incapable d’en parler, j’étais recroquevillé sur moi-même; un simple regard et je m’imaginais des choses… J’avais honte d’être blessé. Le plus dur avec le SPT, c’est que c’est une maladie invisible.

1 : tué par un tir de RGP le 14 octobre 2010, lors d’une mission dans la vallée d’Uzbeen, le décès du Moissagais de 39 ans avait eu un retentissement national, Thibault Miloche étant le cinquantième soldat français mort en Afghanistan.


«Les trois-quart quittent l’armée»

Adjoint du chef de la cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (CABAT), le lieutenant-colonel Ludovic Samanos est au cœur du dispositif de soutien des militaires blessés. Basé aux Invalides, ce service de vingt-sept militaires dépend directement du chef d’état-major de l’armée de terre (CEMAT).

Combien de militaires passent par la CABAT?

Environ 80 blessés en moyenne en 2015, et depuis 2013, nous totalisons un suivi de 730 militaires.

Sont-ils tous atteints du SPT?

Non, mais une grande majorité puisque 70% de ces blessés sont atteints d’une blessure psychique.

Comment l’expliquez-vous?

Depuis fin 2013, c’est vrai, le nombre de blessés psychiques a augmenté. C’est le résultat d’une meilleure détection dans l’armée, et les militaires en parlent plus.

Que faites-vous pour eux?

Un accompagnement spécifique pour les aider à constituer leur dossier afin d’être reconnu blessé de guerre. C’est un parcours compliqué qui nécessite beaucoup de pièces administratives. On œuvre aussi à leur réinsertion sociale avec des stages de sport pour qu’ils retrouvent le goût à l’effort, voire une reconversion via des partenariats expérimentaux…

La majorité des soldats SPT quittent-ils la Défense?

Les trois quart de nos blessés psychiques quittent l’armée, contre seulement un quart des blessés physiques. C’est un constat, le SPT est plus délicat et plus long à suivre. Le psychisme ne se soigne pas.

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Nous sommes en 1914 et la Première Guerre mondiale éclate. Les soldats quittent leurs familles pour rejoindre les tranchées en très grand nombre. Parmi eux, des artistes sont également envoyés au front. Deux mondes qui se rencontrent, et qui ne semblent pas avoir de points communs. Et pourtant…

… de cette rencontre improbable naîtra l’invention du camouflage.

Déjà utilisé au temps de nos ancêtres lointains, cette technique permettant de se dissimuler a connu une importante évolution lors de la Première Guerre mondiale. Le camouflage fut alors beaucoup utilisé par l’armée française. Tout d’abord par l’uniforme avec la fabrication du modèle « bleu horizon », plus discret que les pantalons rouges d’antan. Le camouflage est ensuite utilisé comme une arme pour se protéger face aux attaques de l’ennemi. Nous devons son invention aux deux peintres français Lucien Victor Guirand de Scévola et Louis Guingot qui ont eu l’idée de dissimuler leurs canons derrière des toiles peintes aux couleurs de la nature. Ces toiles seront ensuite adoptées par les artilleurs qui se confondent ainsi avec le paysage alentour, un déguisement qui donnera naissance à la première veste léopard imaginée par Louis Guingot.

Les artistes au service de l’armée française.

En 1914, le camouflage n’est pas encore reconnu par le Ministère de la Guerre. Cela n’empêche pas un groupe d’artistes de tout horizon de se regrouper afin de mettre leurs divers talents au service de l’armée française. Une cohabitation qui se révélera souvent difficile, à cause des divergences d’idées, mais tout de même payante. Entouré de ces artistes, qu’ils soient peintres, décorateurs de théâtre ou cubistes, le peintre Lucien Victor Guirand de Scévola persévère et continue ses expériences entre octobre et décembre 1914. Louis Guingot envoi du matériel fabriqué dans son atelier pour le besoin de ces expérimentations. Ainsi des objets factices sont fabriqués, tels que des arbres et de l’herbe, et les canons sont directement peints afin de se fondre complètement dans le paysage alentour. Guirand de Scévola arrive finalement à attirer l’attention de ses supérieurs sur ces expériences, et ce dernier, convaincu, apportera la cause au président de la République de l’époque Raymond Poincaré.

En 1915, le Ministère de la Guerre délivre l’acte de création de la première équipe de camouflage regroupée autour de Guirand de Scévola et composée d’artistes d’influences diverses, mobilisés ou pas. Parmi eux, nous retrouvons des experts du trompe-l’œil au théâtre comme Renain et Lavignac, des sculpteurs tels que Landowski et Louis de Monard, ou encore des peintres et illustrateurs à l’exemple de Camoin et Joseph Pinchon. Cette équipe comptera aussi un mime, un écrivain et un comédien… Un atelier est alors installé à Amiens, et la section camouflage est officiellement créée. Les besoins sur le front sont tellement importants que des ateliers s’ouvrent à Paris, et d’autres, qui fournissent d’habitude les théâtres et les salles de spectacles, sont également mobilisés. D’ailleurs, pour la petite histoire, ces artistes camoufleurs étaient différenciés par un caméléon dessiné par Guirand de Scévola et brodé sur leur brassard blanc et rouge d’état-major. Ils tentent de cohabiter ensemble et de mettre en place le fruit de leurs travaux, entre installations de leurres avec des mannequins et camouflage de routes, de ponts et même de villages entiers.

Louis Marcoussis, La bouteille de Whisky et le paquet de Scaferlati, Sotheby's, New York.
Louis Marcoussis, La bouteille de Whisky et le paquet de Scaferlati, Sotheby’s, New York.

La place du cubisme dans la section camouflage.

Engagés par l’intermédiaire du peintre Dunoyer de Segonzac, les artistes cubistes tiennent rapidement une position centrale dans ce projet militaire. En effet, leurs capacités à briser la forme des objets et à les dénaturer est précieuse. Parmi ces artistes, nous pouvons retrouver Dufresne, Herbin, Marcoussis et Boussingault. La peinture à motifs irréguliers directement inspirés du cubisme est appliquée sur les camions, le matériel ferroviaire, les pièces d’artillerie et même sur les avions. Malgré un succès sans équivoque, ce melting pot d’artistes regroupé sous la section camouflage vivra seulement le temps de la Première Guerre mondiale et disparaîtra avec celle-ci.

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